Marie-Rose Atchama
L'artiste peintre et écrivaine Marie-Rose Atchama expose du 8 au 28 juillet ses récentes créations à Montréal. Nous avons réalisé une entrevue avec l'artiste, et une autre avec la responsable de la Galerie GORA. L'art actuel réunionnais et canadien se rencontrent, avis aux intéressés…

1. Marie-Rose ATCHAMA expose deux œuvres à la Galerie GORA de Montréal. Nous lui avons posé quelques questions :
Que connaissez-vous du Canada, et du Québec plus particulièrement?
Pas grand Chose.
Qu'est-ce qui vous a amené à exposer des œuvres dans cette galerie de Montréal ?
C'est la Galerie qui m'a contactée.
Quel est le lien qui vous réunit avec les autres artistes présentés dans l'exposition collective à la galerie GORA?
Nous sommes des artistes. C'est suffisant. Et on se comprend dans quelque soit la galerie qu'on expose.
Comment s'est effectuée la sélection des œuvres que vous exposez à la Galerie GORA en juillet à Montréal?
C'est moi qui les a choisies. J'en ai pris deux dans mes créations récentes qui font partie de mon évolution artistique.
On apprend en lisant sur votre parcours, que vous avez commencé, suite à « une prise de conscience du pouvoir que l'esprit peut exercer sur le corps » au milieu des années 80, à écrire à la fin des années 90, puis à peindre au début 2000. Les titres de vos ouvrages font références à des êtres vivants, mythiques, incluant « Le Serpent Lumière », « la Sirène des vents », « Le coco voyageur », et bien sûr « L'escargot » qui marque un terme à votre voyage « intérieur »
Cela signifie t-il que vous avez désormais arrêté d'écrire ?
Non. La fin d'une étape de mon voyage intérieur ! Car un voyage intérieur ne se termine jamais. C'est pour moi comme croire en Dieu. J'y crois mais je continue à le chercher encore et toujours. J'ai un nouveau livre qui sortira en fin d'année, je pense : Le bâtisseur- tisserand de l'imaginaire. Je passe toujours de l'inconscient au conscient dans mes créations.
Y-a-t-il un lien quelconque entre ces titres à connotation mythologique et vos œuvres ?
En fait au départ je ne me suis jamais posée de questions sur mes créations picturales et scripturales. Elles me sont tombées dans les mains et je me suis adaptée à elles. J'ignorais le monde de la peinture et de l'écriture. Ce fut un cadeau du ciel.
Partout en Amérique, la cosmologie amérindienne, riche de symboles reliant tous les êtres vivants, permet aux individus de pouvoir mieux s'identifier aux caractéristiques physiques et spirituelles propres à chaque organisme vivant et de s'en inspirer.
Pouvez-vous nous dire ce que vous connaissez de cette philosophie, et/ou de l'histoire amérindienne en général?
Pas grand chose. En m'adaptant à mes œuvres au début j'ai fini par découvrir quelques bribes de mes pièces chez des artistes anciens lorsque je suis retournée à Paris en 2001. Et cela m'a beaucoup motivé pour aller de l'avant. Je me suis dit que moi aussi j'ai une petite place dans l'art. Et depuis je fonce.
Adepte de l'écriture spontanée, peut-on dire que votre œuvre picturale est toute aussi spontanée ?
Spontanée oui c'est mon moteur . C'est pour moi le plus beau. Mais beaucoup plus consciente. Car actuellement j'adore apporter un brin de surréaliste dans le conscient. Aussi l'expérience m'oblige à réfléchir ne serait-ce que dans les différentes techniques.
Dans l'histoire de l'art, y-a-t-il un courant artistique que vous reconnaissez comme une influence dans votre oeuvre ?
Un courant artistique particulièrement non. Un peu par ci un peu par là oui.
Quel est, selon vous, le courant artistique le plus déterminant de ce début XXI e siècle?
Je crois qu'on s'arrête beaucoup sur le visuel. L'art contemporain, je pense.
Avez-vous un peintre préféré?
J'en ai beaucoup mais un spécialement non. Par contre vous me demanderez quel est mon écrivain artiste philosophe et spirituel, art du bien-être, préféré je dirai : Omraam Mikhaël Aïvanhov.
Avez-vous un musée préféré?
Le Louvre. C'est très beau.
Quels sont vos projets à venir?
Deux livres : « le bâtisseur » et « l'autre »; des « expositions en cours, et surtout la Biennal de Florence 2009 qui m'a contactée.
Enfin, en quoi vos racines créoles constituent une distinction dans vos créations?
Je crois dans mes créations je ressens un peu plus mes racines hindoues. Surtout dans mes écrits aussi dans mes créations picturales. Par exemple : Le coco voyageur. Le coco est vu pour moi sur le plan spirituel. Car la spiritualité tient une place importante dans ma vie. Ma dernière création picturale : le coco voyageur - dans la réalité j'ajoute un brin de surréalisme.
Merci.
2. Nous avons aussi rencontré une responsable de la Galerie Lyne Dubé et l'avons interviewés au sujet de l'Art en général mais aussi sur l'Art canadien, et sur ce qu'elle pensait de l'œuvre de Marie-Rose Atchama et de la Réunion.
Pouvez vous nous décrire le marché de l'art à Montréal ?
Je peux vous parler de nous, mais je ne peux pas parler pour les autres.
Bien sûr on représente des artistes canadiens et québécois, mais on aime aussi ouvrir une fenêtre au monde entier et à travers Internet qui n'est quand même pas un médium très vieux encore, on est branché seulement depuis 2000 et ça a changé toute la dynamique des galeries d'art. Vous pouvez entrer en contact avec plusieurs galeries partout dans le monde avec lesquelles on correspond et avec lesquelles on échange des artistes, et il y a des artistes qui nous trouvent à travers l'Internet, nous on en trouve aussi et c'est intéressant de pouvoir exposer ces gens la, montrer une vison artistique qui vient d'ailleurs alors les peintres canadiens aiment dessiner la neige avec des couleurs terre et ocre alors que si on va en Amérique de sud ça éclate, c'est plein de couleurs, et donc les gens peuvent voir une expression artistique qui est différente ; et ça c'est appréciable!
Donc vous pensez que ce segment intéressent les gens
Oui ils aiment, ils sont curieux, ils n'achètent pas tout de suite, ils doivent apprivoiser l'œuvre, mais ils aiment avoir du choix et de la variété alors souvent c'est un coup de cœur alors les gens ici aiment peut être acheter des couleurs plus sobres alors que des couleurs trop voyantes ça leur fait un petit peu peur, mais finalement ils réussissent par l'apprivoiser et puis ça leur plait, ils finissent par vouloir l'acheter!
Donc vous représentez surtout des artistes actuels
Oui ils sont tous vivants, ils sont pas morts ! (rires)
Et ils ne sont pas tous de Montréal
Exactement ! Il y a beaucoup de compétition si toutes les galeries prennent que des montréalais, le marché est coincé finalement c'est beaucoup plus intéressant d'être ouvert au monde que de ce restreindre au Canada, c'est à l'image multiculturelle de Montréal qui est une ville ouverte sur le monde.
Avez vous une proportion d'artistes internationaux?
Non, c'est monsieur Gora le curateur qui s'occupe de ça. Il sélectionne et entre en contact avec les artistes. Moi je fais plus l'administration et le suivi avec eux, on est des partenaires.
Pouvez vous nous parler de l'art canadien, de ce qui demeure important et le plus valorisé dans les collections publiques, et ce qu'un visiteur doit absolument connaître?
S'il vient ici il devrait visiter les musées parce qu'on a de très beaux musées à travers tout le Canada!... Bien sur il y a des artistes contemporains. Il ne faut pas oublier aussi les artistes amérindiens, aborigènes, qu'on retrouve plus dans l'ouest canadien et il y a des sculpteurs d'origines Inuit, du Nord canadien qui sont extraordinaires, qui sont je crois au même niveau que les Picasso et les gens très célèbres, et de l'art africain, ce sont des gens autodidactes qui ne sont pas allés nécessairement dans les grandes écoles, ou qui n'ont pas une connaissance très approfondie de l'histoire de l'art. Alors ça vient d'eux, de leurs tripes, de leur identité propre. Et pour moi ils sont les vrais artistes, et malheureusement quand on est urbain on a beaucoup d'influence, on va dans des écoles qui sont moulées ou qui ont tous les mêmes tendances, et y en a très peu qui arrive à sortir du flacon comme on dit. J'admire beaucoup les artistes amérindiens, ce sont de vrais artistes authentiques. Il ne faut pas passez à coté de ça si on vient ici.
Quelles sont les plus belles Collections à voir au niveau amérindien?
Je ne connais pas tous les noms car je ne suis pas une spécialiste. Il y a des musées qui sont biens, et des galeries d'art spécialisées, il y en a quelque unes à Montréal, et partout au Canada, à Toronto, à Vancouver. On peut les retracer facilement.
Ça fait partie de pleinement de l'identité de l'art canadien?
C'est incontournable . C'est surtout unique au monde
Avez vous des artistes préférés?
Je n'en ai pas, c'est sur que j'en admire plusieurs, j'aime évoluer aussi dans ma façon de voir les choses, j'aime être critique aussi, et parfois les gens deviennent très célèbres et tu peux rester critique et même négatif, tu dis même pourquoi…. l'art c'est quelque chose de personnel, c'est quelque chose qui passe par les émotions, il faut que ça te dise quelque chose, et c'est correct de vivre avec ça, et c'est pas parce que tu n'aimes pas un artiste qui est supposément très célèbre que t' es plus stupide que quelqu'un d'autre ou ignorant
L'art vient te chercher avec des émotions, et tout le tout le monde devrait être comme ça. On ne devrait pas avoir peur de dire ce qu'on aime ou ce qu'on aime pas, et de savoir… plus on en voit finalement plus on sait ce qu'on aime, et ça c'est très personnel, chacun a une histoire et il y des choses qui nous font vibrer, et c'est personnel à chacun. C'est à nous de trouver, tu vas comme à la pèche… Tu te promènes et pouf à un moment donné tu as un coup de cœur, c'est comme tomber amoureux de quelqu'un, on ne peut pas tous les aimer?
Non.
Alors c'est ça, tak à un moment donné on tape sur quelque chose qui vient nous chercher, il peut être très célèbre ou inconnu, mais c'est comme ca!
Il y a tout de même des courants artistiques que vous considérez marquant dans l'histoire de l'art?
Oui, il y a plein de grands maîtres qui ont révolutionné certaines époques. . C'est sur qu'on a tous aimé les impressionnistes, la photo est un médium extraordinaire. J'aime beaucoup la photo, il y a plein de choses, il faut rester ouvert à tout je crois.
Dans la vie on évolue tout les temps. Et plus on en voit aussi. Peut être il y a 20 ans, j'avais plus tendance a aimer les impressionnistes aujourd'hui j'ai évolué je recherche plus les concepts photographiques multimédia parce que je vois qu'il y a des choses extraordinaires à faire avec ça , mais ça ne m'empêche pas d'apprécier les impressionnistes pour le fait, ou tout l'art italien car ça nous a beaucoup marqués, ça fait partie de la fondation de notre formation artistique, mais je pense que dans la vie on évolue on grandit, et puis oups on va vers des choses différentes et c'est ça qui est intéressant.
Comment Marie-Rose Atchama est-elle arrive ici ?
C'est une amie de Michel Gautier, un artiste que nous représentons à la galerie, et qui vient de la Réunion, qui lui a dit si tu veux venir tu peux présenter un dossier à Gora. Ca va très vite maintenant avec internet.
Michel Gauthier a un jour débarqué à la Galerie, et depuis on le représente.
Connaissez vous l'Ile de la Réunion?
J'ai rencontré beaucoup de gens qui viennent de là-bas .J'ai eu une stagiaire qui a travaillé avec moi pendant quelque temps, et Michel nous en parle beaucoup mais c'est loin on ne s'est jamais déplacé. On connaît par des photos via internet, ca doit être spécial. Ca l'air si unique, extraordinaire...

Que pensez vous des deux œuvres que votre galerie expose de Marie-Rose Atchama ?
Elle a gardé son côté enfant et on voit beaucoup de liberté dans son travail. On sent que c'est une personne libre qui aime exprimer son imaginaire, et bien sûr il y a une touche africaine, l'éléphant et même ce quelle dessine, ici au Canada les amérindiens ont un truc qui ressemble a ça pour appeler les rêves la nuit (un attrape-rêve), et il y a quand même des choses qui viennent de l'origine de là où elle vient.
C'est bien, un canadien n'arriverait jamais a faire ca, impossible! C'est l'imaginaire de quelqu'un qui vient d'ailleurs et c'est ça ici qu'on apprécie parce que ca nous permet de nous questionner et de nous amener ailleurs, on fait un voyage en le regardant
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Mis à jour (Jeudi, 17 Juillet 2008 17:35)









