" Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Et si vous le permettez, chers amis,
Pris au piège d’un agenda extrêmement chargé depuis plusieurs semaines. Je vis la frustration de ne pas pouvoir être physiquement parmi vous ce soir; mais acceptez néanmoins que je le sois en esprit.
Merci de me prêter la parole pour faire acte de devoir de mémoire, en soulignant à mon tour ce chapitre dramatique de l’histoire de l’humanité relié à la fierté de nos concitoyens d’origine réunionnaise. Il s’agit d’un événement parmi les plus marquants de l’histoire politique et sociale de la Réunion.
Le 20 décembre 1848, quelque part en Afrique, le cri de la liberté des Marrons a tonné. Un cri de délivrance, d’affranchissement, d’émancipation, de libération, fulgurant, déchirant les nuages. Son chant se fit orage, clamant la liberté contre la soumission, l’indocilité contre l’esclavage, le collier, le joug ou la tutelle, déclinant la paresse et la lâcheté, pour balayer, viril, l’humiliation d’un peuple conquis.
Le 20 décembre 1848, les Marrons sont sortis du fond du piège. Avec cette force qu'ils ne soupçonnaient pas, qu'ils avaient là, au fond des tripes, au fond du cœur, et qui attendait, qui ne cherchait qu'à se propulser enfin.
Pour la liberté, ils se sont réveillés un matin, sortant soudain de la torpeur, de la léthargie, de la paralysie, de l’inconfort, pour aller vers l’émancipation, avec cette envie nouvelle d'exister, de crier, de parler avec cette envie nouvelle de voler de leurs propres ailes… Leurs complexes d’infériorité en ruines furent alors cernés et azimutés, pour qu’éclate en parole irisée des ténèbres, la fierté crue de leur peuple.
Aujourd’hui, en Amérique du nord, leurs enfants se souviennent. Ils ont su préserver la saveur de la fierté et de l’honneur hérité.
Bonne nouvelle, ces enfants font désormais partie de la grande famille québécoise. Ils sont les gardiens de la Mémoire des Marrons. Je les salue bien humblement et chaleureusement en ce moment symbolique, en leur rappelant que le Québec est un magnifique projet de liberté inachevé. Un projet dans lequel ils peuvent légitimement s’inscrire comme des citoyennes et des citoyens à part entière et non comme des citoyennes et des citoyens entièrement à part. Demain se construit aujourd’hui. Aussi, dans une indéfectible solidarité, nous avancerons ensemble à la rencontre des raisons de faire des peuples du Québec et de la Réunion des alliés sincères et respectueux pour un avenir reluisant.
Merci,"
M. Maka Kotto
Député de Bourget à l’Assemblée Nationale du Québec
Porte-parole de l'opposition officielle en matière de communautés culturelles