La révélation sacrée du kayanm

Les 4 et 5 août derniers Davy Sicard a réveillé le volcan montréalais avec son goût ancestral pour la liberté qui diffuse un rythme puissant et emblématique de l’océan Indien.

Ce qui marque lorsqu’on le voit sur scène, c’est son énergie shamanique. Il la partage si spontanément, qu’elle vous enivre. Avec ses danses et son message authentique, « l’enfant des colonies » aura donné des frissons à tous les spectateurs présents.

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Dès les premières minutes de son spectacle, Davy Sicard évoque le sentiment douloureux de la perte d’un ami, le jour même.

Dans un lieu voulu intime pour fins d’acoustique et de plaidoyers, en territoire ancestral amérindien, la tente « slam » du 21e Festival des Francofolies de Montréal est transformée en grand tipi.

Le public resté debout qui est amassé tout autour sous les hospices d’un ciel orageux, forme une ronde fraternelle du métissage à la canadienne. En plus des touristes et des Canadiens, on compte des Antillais, des Sud-Américains, Africains, des Français et des Réunionnais honorés...

Accompagné par ses deux musiciens, l’artiste déroule peu à peu son maloya cabosé et expose une intimité surprenante avec son kayanm, au son du bord de mer et du vent de la montagne.

Intrigués, certains demanderont d’ailleurs à la fin du show de quoi se compose cet instrument typique ?

À chacune de ses deux prestations, Davy Sicard a fait lever et chanter son auditoire, conquis par la vigueur du discours et de son rythme de plus en plus engagé.

Empreint d’une pureté dans le fond de sa voix, il pose des questions justes. Il philosophe avec son public d’où transpirent des émanations toutes créoles.

Et si la terre est sacrée, ce sont plutôt les hommes et les femmes que l’artiste semble considérer comme tel.

Du coup, l’invitation au voyage à Cilaos avec Tsilaosa fait dialoguer Montréal avec l’histoire des fondations humaines de la Réunion, essence vitale et prophétique du talent de l’artiste.

La communion se prolonge avec ce zwazo la kol, qui a la foi. Ne lui a-t-on pas donné la parole en l’emprisonnant dans sa cage après tout? Peut-être pour qu’il nous souffle, sereinement, que le kabar, c’est sacré!

Les nombreuses incantations du maloya ont imprégné Montréal deux crépuscules durant.

Tel un sachem, Davy Sicard descend de son piédestal au son du roulèr pour rendre un dernier hommage particulier et vibrant à chacun de ses guerriers et guerrières.

Cette forme de remerciement, personnalisée, prend alors l’allure d’une danse de la pluie - ou du soleil. Shaman au sourire radieux, il parcourt les limites de son territoire en demi lune, et distribue une poignée de mains franche à tous ceux et celles qui ont la chance d’être sur ce sentier de clôture incongru.

La générosité du chanteur - qui ne le quitte décidément pas même hors de sa tente -, aboutira finalement à un échange personnel précieux avec quelques badauds, dont plusieurs Réunionnais qui étaient parfois venus de très loin pour voir l’auteur de kèr maron, en symbiose parfaite avec son environnement.

Mis à jour (Dimanche, 14 Mars 2010 15:23)

 
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